Les effets de campagne de vaccination

 
vaccination

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La République Démocratique du Congo (RDC), à l‘instar des plusieurs pays de l’Afrique Subsaharienne, présente une mortalité infantile et une mortalité infanto-juvénile les plus élevés de l’Afrique (97 pour 1000 et 158 pour 1000). Tous les ans, des millions d’enfants de moins de 5 ans meurent à cause des maladies pourtant évitables ou traiter à l’aide de mesures efficaces de contrôle dont la vaccination.

Les activités de vaccination en RDC sont réalisées suivant plusieurs stratégies. De manière générale, la vaccination est une activité intégrée dans le paquet minimum d’activité (PMA) offert par le centre de santé en RDC et réalisée en stratégie fixe en routine, selon un horaire bien établi. Les enfants sont amenés par les parents au centre de santé et ils y reçoivent l’antigène ou les antigènes prescrits en fonction du calendrier vaccinal en application dans le pays. La stratégie fixée a permis d’atteindre des couvertures vaccinales de 51% pour la tuberculose, de 39% pour la rougeole, de 39% pour la polio, et de28% pour la diphtérie, le tétanos et la coqueluche. Pour les populations hors périmètre du CS, la vaccination est réalisée en stratégie avancée par les équipes mobiles venant du centre de santé. Elles ont permis d’étendre la couverture vaccinale et de se rapprocher des objectifs du PEV (90% pour BCG ,80% pour DTCoq3, VPO3 et VAR).

Depuis une dizaine d’années, à ces deux approches, se sont ajoutées des campagnes de vaccination. Ce sont des activités de vaccination, active, réalisées dans la communauté avec la stratégie « porte à porte » pour atteindre tous les cibles (les enfants de moins de cinq ans). Elles ont été développées à la suite de la campagne contre la variole et se sont étendues dans les années 2000 afin de pallier aux faiblesses de la vaccination de routine. Elle a permis à chacune des phases d’atteindre de couverture de 69% d’enfants de 12 à 23 mois vaccinés contre la polio.

 Les campagnes de vaccinations ont amélioré les couvertures vaccinales et permettant  de protéger un grand nombre d’enfant, d’atteindre chaque cible, de maintenir les couvertures vaccinales excellentes même dans les zones de santé précédemment indemnes (19).

Bien qu’efficace, les campagnes de vaccination présentent actuellement plusieurs externalités négatives notamment au niveau communautaire, où leurs répétitions suscitent de plus en plus de méfiances auprès des populations qui ne comprennent pas le bien fondé de ces répétitions (18).  Cependant peu d’information existe sur leur effet sur l’offre de soins.

Pour évaluer l’influence des campagnes de vaccination sur l’offre de soins et services de santé, une étude évaluative sous forme d’une série chronologique a été réalisée durant 3 mois, dans 90 formations sanitaires dans 3 zones de santé de Kinshasa (Kingabua, Kisenso et Lemba). L’hypothèse de recherche était que les performances en terme de l’offre de soins baissaient significativement pendant les période vaccinales par rapport aux périodes non vaccinales.  Les infirmiers titulaires (et/ou directeurs de nursing) au nombre de 90 ont été interviewés pour étudier les caractéristiques de l’offre  avant pendant et après une campagne et les documents sanitaires et administratifs ont été analysées. En plus 180 usagers  ont été sélectionnés et interviewés au niveau de 3 CS  choisis aléatoirement, en raison d’un CS par ZS pour étudier la perception des utilisateurs des services par rapport à l’offre de soins.  Une observation non participative a été réalisée au niveau de CS. Les données ont été synthétisées sous forme de moyennes, de médianes et de proportion et elles ont été comparées en utilisant respectivement le test t de Student, les tests non paramétriques et le chi-carré.

Résultats :

Les prestations de soins curatifs aussi bien que préventifs ont sensiblement baissé pendant la période vaccinale par rapport à la période non vaccinale.  En terme de médiane, les consultations ont été réduites de 41% pendant la période vaccinale (56 contre 95), les autres activités préventives de 43% (par exemple, les CPN, de 8 contre 14). Trois prestataires étaient souvent présents contre 5 en dehors de campagnes.  Tous les infirmiers titulaires étaient absents.

Ces différences dans l’offre de soins ont été traduite notamment dans les performances financières de structures de soins concernées par les activités de vaccination. Les recettes ont pour la moitié de structures baissé de 664$ à 420$ par mois et le taux de recouvrement de 54% à 35%.

En plus, elles ont été très vite ressenties par les usagers  et exprimées à travers leurs perceptions des usagers clients qui sont allés dans le même sens et par les performances des finances qui ont baissé de manière drastique. Pour la moitié de structures, 87% ont affirmé avoir attendu contre 13% en dehors de la vaccination, 21% de clients se sont déclarés satisfaits contre 71% en dehors de la vaccination, la durée de séjour a été allongé pour 75% de patients contre 25% en dehors de vaccination et 74% ont pensé que les prestataires n’ont pas respecté les urgences contre 26% en dehors de la campagne.

Conclusion :

les campagnes de vaccination réduisent significativement l’offre de soins de santé et ces effets tendent à s’accroître en cas des activités répétées. Les résultats de cette étude suggèrent qu’au lieu de répétition, d’autres stratégies doivent être utilisées notamment mettre en place un rappel obligatoire de principaux vaccins à l’entrée de l’âge scolaire.